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42 - Les retournements d’opinion

15 mai 2012

Dans le précédent article (41) j’ai montré comment on peut appliquer le modèle de cerveau de Bak et Stassinopoulos au « cerveau global » formé par les relations entre individus dans une société humaine. Je propose aujourd’hui d’illustrer ce processus par quelques dessins humoristiques.

Le dessin ci-dessous montre le résultat d’un consensus dû à une expérience commune acquise par le passé.

Dessin 1

Le dessin suivant montre que dans certaines conditions environnementales ce consensus peut conduire à une catastrophe. Certains individus, particulièrement sensibles à l’environnement, s’en rendent compte et essayent d’alerter leur congénères, mais cela tend à créer des conflits. Pour éviter les conflits, beaucoup d’individus refusent le dialogue. Dans le modèle de Bak et Stassinopoulos, cela correspond à une baisse de l’intensité des connections (article 41).

Dessin 2

Lorsque l’effet des nouvelles conditions environnementales se fait de plus en plus sentir, un nombre croissant d’individus s’interrogent et s’apprêtent à changer d’opinion. Dans le modèle de Bak et Stassinopoulos, cela correspond à une baisse des seuils (article 41). Le dernier dessin montre un retournement d’opinion créé par un leader charismatique.

Dessin 3

Ces retournements d’opinion sont l’analogue des retournements de spin dans un matériau ferromagnétique (section 3.2.2 de mon livre). Il y a formation d’un nouveau domaine d’Ising. Pour une illustration sur les domaines d’Ising dans une société humaine, cliquer ici.

Il est clair que ce modèle s’applique aux sociétés libérales actuelles. Pendant un certain temps, le libéralisme (levier droit) a permis de maintenir la croissance économique (le singe reçoit de plus en plus de cahuettes). Les conditions environnementales ayant changé (le feu est passé au rouge), la production décroit inexorablement (les cacahuettes deviennent de plus en plus rares). Le singe s’inquiète mais continue à pousser le levier droit sans résultat. Ce n’est qu’après l’arrêt complet de l’arrivée des cacahuettes que, en désespoir de cause, le singe se décidera à pousser le levier gauche…


41 - L’évolution des croyances et la loi en 1/f

6 mai 2012

En 1995, Dimitris Stassinopoulos et Per Bak publiait leur modèle de fonctionnement du cerveau (1). Ce modèle simule le cerveau d’un singe face à un signal lumineux et deux leviers. Pour obtenir de la nourriture, le singe doit appuyer sur le levier gauche si le signal est rouge, sur le levier droit si le signal est vert (voir section 9.3 de mon livre). Le réseau neuronal du modèle s’auto-organise par oscillations successives autour du point critique, produisant des avalanches de signaux dont l’amplitude est inversement proportionnelle à leur fréquence (loi en 1/f).

Initiallement, lorsque le signal lumineux change de couleur, le singe continue à appuyer sur le même levier. L’absence de nourriture entraîne une baisse de l’intensité des connections. L’activité du singe diminue. Mais la faim entraîne un abaissement des seuils. De nouvelles connections se forment et l’activité du singe reprend. Les oscillations autour du point critique se poursuivent jusqu’au succès récompensé par un apport de nourriture.

Ce modèle s’applique aussi bien au cerveau global formé par un ensemble d’individus échangeant de l’information, par exemple l’ensemble de la population du globe. Une région spécialisée de ce cerveau global est formée par l’ensemble des économistes. Ce sous ensemble régit actuellement l’économie mondiale suivant un modèle dit néoclassique, fruit de l’expérience passée.

Le modèle néoclassique admet qu’une croissance économique régulière peut être indéfiniment maintenue grâce au progrès scientifique et technique. Les crises économiques actuelles remettent en question ce modèle. Dans sa conférence du 1er mars, Dennis Meadows (voir article précédent) montre l’évolution progressive de la pensée des économistes concernant les limites de la croissance. Je traduit en français sa présentation:

– 1970: Il n’y pas de limites.
– 1980: Il y a des limites, mais on en est bien loin.
– 1990: Les limites sont proches, mais la technologie et le marché s’en affranchiront aisément.
– 2000: La technologie et les marchés ne s’affranchissent pas toujours des limites, mais la croissance du PNB nous apportera plus de ressources pour résoudre les problèmes.
– 2010: Si nous avions été capable de maintenir la croissance, nous n’aurions pas de problème avec les limites.

Cette séquence illustre parfaitement la manière dont le cerveau (global ou non) fonctionne. Les croyances acquises tendent à se maintenir le plus longtemps possible. Sous la pression des faits (diminution de l’apport énergétique), les croyances se modifient peu à peu, par itérations successives. Elles le font de façon à préserver l’acquis le plus longtemps possible.

Chaque modification correspond à une petite restructuration du cerveau global (les croyances évoluent). Cela se traduit par des petites restructurations de la société: depuis le recyclage des déchets jusqu’à l’introduction d’une taxe carbone. L’importance de ces restructurations est en 1/f. Cela signifie qu’elles sont d’autant plus nombreuses que leur impact est plus faible.

Dennis Meadows traduit cela en disant qu’on soigne les symptomes (pollution, réchauffement climatique, etc…) plutôt que le mal (la croissance). Pour Meadows, dès 1972 son rapport avait correctement diagnostiqué l’origine du mal. Il pensait que la société allait en tenir compte et ralentir la croissance. Quarante ans plus tard, on vit toujours dans une économie productiviste.

Le modèle du cerveau décrit plus haut en donne une explication. Le comportement ne change que sous la pression de l’environnement. Les relations économiques font partie des relations sociales qui elles-même font partie des relations écologiques. Les crises sont donc d’abord économiques avant de s’étendre pour devenir sociales puis écologiques. Faudra-t-il attendre ce dernier stade pour que les économistes comprennent enfin la cause de nos malheurs? Non seulement une décroissance devient inévitable, mais plus on cherche à la retarder plus elle sera forte.

(1) Stassinopoulos, D., Bak, P., Phys. Rev. E 51 (1995) 5033.


40 - Conférence de Dennis Meadows

4 mai 2012

Le 1er mars dernier, Dennis Meadows, auteur du célèbre rapport publié en 1972 sous le titre « The Limits of Growth », traduit en français par « Halte à la croissance? », a donné à Washington une conférence intitulée « It is too late for sustainable development  » (C’est trop tard pour le développement durable). Je recommande vivement de visionner cette conférence (en anglais). Vous pouvez le faire sur l’internet en cliquant ici.

Ce discours m’a frappé parce qu’il montre la chute du niveau culturel dans nos sociétés. On sait que la fin de l’empire romain a été accompagnée par une montée de l’analphabétisme. Une baisse analogue du niveau culturel s’observe de nos jours avec la crise de l’éducation. J’en donne une explication à la section 13.5 de mon livre.

Dans la première partie de son discours, Meadows se plaint de l’incompréhension manifestée par la majorité des lecteurs ou auditeurs. Incapacité du public de comprendre une démarche scientifique basé sur des scénarios. Incapacité des médias de rendre compte correctement des conclusions. Tendance du public à justifier coûte que coûte des idées préconçues, plutôt que de confronter des hypothèses à la réalité. Rejet de toute idée pessimiste ou déplaisante.

Pour faire passer son message, Meadows en vient à utiliser des techniques pédagogiques du genre de celles qu’on utilisait autrefois à l’école primaire. Il demande au public de croiser les bras ou de taper des mains en même temps que lui!

On lira aussi avec intérêt l’interview de Meadows sur le site du Smithsonian Institute. Les commentaires des lecteurs du site sont, pour la plupart, d’un niveau de compréhension affligeant. On lira enfin avec intérêt un résumé d’une présentation de Meadows faite en 2010 au “Population Institute”.

On constatera que les résultats présentés par Meadows sont totalement conformes aux lois de la thermodynamique: l’effondrement prédit est caractéristique du processus de criticalité auto-organisée (passage de l’ordre au chaos). Dans mon livre, je montre que non seulement l’effondrement est inévitable, mais il l’était déjà en 1972 parce qu’il ne peut être évité sans une prise de conscience globale de toute l’humanité. Meadows attribue l’effondrement au fait que les investissements deviennent de moins en moins rentable. C’est bien une conséquence de l’effet de la reine rouge (section 13.4 de mon livre).

Un seul bémol. Meadows conclut son allocution du 1er mars en disant qu’il faut maximiser « la résilience du système ». Il n’a pas réalisé que c’est ce que fait depuis longtemps le libéralisme et, mieux encore, le néolibéralisme. Cette politique a pour effet de maintenir la croissance coûte que coûte, retardant l’effondrement le plus longtemps possible. C’est parce qu’il était moins résilient que le bloc soviétique s’est effondré. C’est aussi la raison pour laquelle le libéralisme se répand partout dans le monde. Mais plus on retarde l’effondrement, plus la situation va s’aggraver. La solution n’est pas d’augmenter la résilience du système, mais de changer de système et cela ne peut se faire qu’après l’effondrement du système actuel. Les révoltes sociales ne manqueront pas de se charger de cet effondrement.


39 - Des lecteurs m’écrivent

3 mai 2012

Des lecteurs m’écrivent pour me poser des questions, s’appuyant parfois sur des exemples. L’un d’entre eux a suggéré le covoiturage. Cela m’a donné l’idée d’illustrer le processus de criticalité auto-organisée avec le développement de l’industrie automobile. On y observe parfaitement les oscillations entre l’ordre et le chaos, la coopération et la compétition, l’efficience et la résilience.

Au début du XXe siècle Henry Ford commence à produire des voitures automobiles en série. L’autonomie qu’apporte une voiture particulière à celui qui la possède confère un tel avantage que, dans une société de compétition, ceux qui n’en ont pas sont très désavantagés. La demande croit rapidement. Les investissements faits par l’industrie automobile pour accroître la production permettent de diminuer le prix de revient. Cela a pour effet d’accroître encore la demande. C’est alors l’avalanche, une avalanche d’automobiles.

Une telle avalanche n’est pas sans effet sur l’environnement. Il faut construire des routes, aménager la circulation dans les villes, créer des postes de distribution de carburant. Mais plus vite on aménage le territoire, plus vite la production automobile augmente. On reconnait l’effet de la reine rouge. Bientôt les routes deviennent insuffisantes. Il faut construire des autoroutes, ce qui permet à la production automobile de s’accroître encore davantage. Il faut alors agrandir les autoroutes. Un processus apparemment sans fin.

Mais est-ce vraiment sans fin? Beaucoup le pensent. Cette croyance est à la base de notre économie dite «productiviste». Nos sociétés actuelles ne peuvent subsister que grâce à une croissance économique ininterrompue. En vérité les investissements faits pour s’adapter à l’évolution deviennent de plus en plus coûteux, car de plus en plus grande ampleur, et leur effet est limité par une durée de vie de plus en plus courte, car tout s’accélère. C’est cela l’effet de la reine rouge. Arrive un moment où les investissements ne sont plus rentables et l’avalanche s’arrête. Une restructuration devient nécessaire.

En ce qui concerne la circulation automobile, la restructuration est déjà largement avancée dans les grandes villes. Elle permet d’illustrer la nature générale du processus de restructuration des sociétés humaines. L’usage privé d’une automobile est un parfait exemple de maximisation de la résilience, c’est-à-dire d’aptabilité au changement. L’utilisateur du véhicule peut en effet modifier ses horaires comme il veut et quand il veut. Cet usage maximise l’individualisme et la compétition, mais il est inefficace. Les véhicules privés ne sont utilisés que quelques heures par jour et le plus souvent avec le conducteur comme seul passager.

Le processus de restructuration est la création d’un nouvel ordre à partir du chaos individuel. Dans mon livre, je le compare à la formation d’un cristal après recuit. Un ordre apparait dès que s’instaure une coopération entre deux ou plusieurs individus. C’est le cas du covoiturage. En diminuant la densité du traffic et la consommation d’essence, le covoiturage rend le transport plus efficace, mais l’augmentation de l’efficience se fait au dépend de la résilience. Les individus ne peuvent plus changer d’horaire sans s’être mis d’accord entre eux. L’étape suivante vers l’ordre est la mise en place de transports en commun. L’augmentation d’efficience se fait à nouveau au dépend de la résilience par l’instauration d’un horaire rigide.

On observe ce processus dans beaucoup de grandes villes où on a remis fiévreusement en place les rails de tramway qu’on avait enlevés au siècle dernier. Cela permet à l’énergie de se dissiper à nouveau. La dissipation reprend d’autant plus qu’on a construit à l’entrée des villes de très grands parkings. La population du globe continuant à croître, les tramways seront un jour saturés comme le métro parisien aux heures de pointes. Une nouvelle restructuration sera alors nécessaire, mais celle-ci risque d’impliquer la société toute entière.


38 - Interventions locales

18 avril 2012

J’interviendrai avec Vincent Cheynet dans la Conférence-débat sur le thème de la décroissance, qui se tiendra le samedi 19 mai à 19h à La Seyne-sur-mer (Salle Apollinaire).

Je donnerai également une conférence le dimanche 27 mai à 13h à la foire de Signes (salle des écoles) sur le thème: « Le développement durable est-il un mythe? ».


37 - La Décroissance

16 avril 2012

Le numéro d’avril du mensuel “La Décroissance” a publié un interview au sujet de mon livre: “Où va l’humanité selon la thermodynamique”.

article decroissance

ainsi que la récension suivante:

article decroissance


36 - Séminaire à l’Institut Momentum

10 avril 2012

Le 6 avril dernier j’ai fait un séminaire à l’Institut Momentum. Vous trouverez un résumé de ce séminaire sur le site de l’Institut. Pour voir les diapos de ce séminaire cliquer sur diapos. Mon nouveau livre est maintenant disponible sur le site des éditions Parole.


35 - L’humanité future

25 mars 2012

Mon nouveau livre se termine par une description de l’humanité future, fondée sur les lois de l’évolution décrites aux chapitres précédents. Je donne comme exemple la civilisation des Koguis. Je dis aussi que les germes de l’humanité future sont déjà là. Ils se développeront dès l’effondrement de notre civilisation, comme les mammifères se sont développés dès l’extinction des dinosaures.

J’ai assisté hier à une projection du film de Christian Rouaud « Tous au Larzac », documentaire remarquable (César 2012) dont je recommande la vision. Le débat était animé par Eric Darley, un paysan du Larzac. J’ai été frappé par la ressemblance entre la communauté actuelle du Larzac et ma description de l’humanité future: une très grande solidarité, l’absence de chef mais des échanges constants d’information entre tous les membres de la société, un intérêt suivi pour tout ce qui se passe actuellement dans le monde.

Pour ceux que cela intéresse, vous pouvez commander dès maintenant mon nouveau livre sur le site des éditions Parole. Je mettrai sur ce blog des compléments de réflexion et des illustrations prises dans la vie courante.


34 - Mon nouveau livre

15 mars 2012

Mon nouveau livre est en cours d’impression.
Il sera disponible début avril aux éditions Parole.
En voici la couverture:

couverture

Je remercie ici la Fondation 2019 pour son soutien financier.


33 - Annonce

25 octobre 2011

Je ferai une conférence au CERN (Genève) le mercredi 16 novembre 2011 à 18h30 sur le sujet suivant:

” Du Big Bang à l’Homme: la thermodynamique de l’évolution.”

Voir le résumé sur le site du CERN:

http://association.web.cern.ch/association/fr/OtherActivities/Roddier.html